Comment j'ai retrouvé mon amante américaine, et les surprises qu'elle continue de me promettre.
Salut,
Est il plus facile d’entretenir une relation avec un lieu qu’avec une personne? est une question qui tourne dans ma tête depuis ma rencontre avec San Francisco.
Est il plus facile d’entretenir une relation avec un lieu, ou une personne, quand on a désespérément besoin que quelque chose nous arrive?
Que nous reste-t-il quand on est comblée?
La première fois que je suis arrivée ici, c’était presque par hasard, presque par dépit.
Et je crois que c’est presque malgré elle que cette ville - si peu américaine par certains aspects, avec ses rues pleines de bus et ses trottoirs noirs de monde - m’a conquise. Malgré tous ce qu’elle a de détestable. Elle m’a conquise parce que j’allais dans le monde avec une béance qui ne demandait qu’à être comblée. La vie à Paris me semblait fade, triste, étriquée. Je promenais mon ennui jusqu’à ce que je me décide à faire ce voyage pour lequel j’avais passé mon permis de conduire plusieurs années auparavant, mais que le COVID et les chagrins d’amour avaient successivement compromis.
J’ai raconté ailleurs la naissance de cet amour et ce qu’il doit aux lesbiennes qui ont laissé des traces partout dans la ville, uniquement pour que je les y trouve un jour.
Cette fois-ci, j’arrive sous un ciel bas et nuageux; la route depuis l’aéroport est laide; je ne peux faire aucune photo, aucune vidéo qui nourrirait un récit de voyage destiné autant à me rassurer qu’à impressionner une foule virtuelle et inconnue. Je range mon téléphone et je colle mon front à la vitre. Je lis tous les panneaux avec l’avidité qui me prend chaque fois que je me fais tutoyer en anglais. J’ai envie d’obéir à tous les ordres, de tourner à droite, de souscrire à ce contrat d’assurance, d’appeler cet avocat spécialisé, de faire nettoyer ma voiture, de profiter du best deal ever.
Me voilà de retour dans l’Empire du Signe. L’Amérique me parle: une légère excitation.
Mais au fil des heures qui suivent ma quatrième arrivée à San Francisco, je ne cesse de me demander où est passé le sentiment violent et joyeux qui m’avait assaillie lors de mes précédents séjours. Le sentiment de retrouver la personne aimée, de rentrer, avec elle, à la maison.
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